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  • 23 octobre 2018 - 08:00
  • RNS/Protestinter 8625 signes
ProtestInter

L'histoire vraie d'une agence de presse juive qui colportait des «fake news» pour discréditer Hitler

Pendant la Seconde guerre mondiale, une filiale de l’Agence télégraphique juive s’associe aux services de renseignements britanniques pour propager de fausses informations au sujet d’Hitler dans les médias américains.

Par Menachem Wecker, RNS/Protestinter

Lorsque l'Agence télégraphique juive (Jewish Telegraph Agency, JTA) lance l'Agence de presse étrangère (Overseas News Agency, ONA) en 1940, celle-ci promet de rapporter les faits et de «ne se livrer à aucune propagande, de ne prêcher ni théories ni philosophies.»

Or, selon un ouvrage récent, avant même de fêter sa première année d’existence, l'ONA s’était déjà associée à l'agence de renseignement étranger britannique pour diffuser de fausses informations qui serviraient à discréditer Hitler et obtenir l'aide des États-Unis dans la guerre en Europe. L'agence de presse aurait également tenté, en vain, de travailler avec le FBI et aurait collaboré avec l’ancêtre de l'agence d'espionnage russe, le KGB.

Dès le début, l'ONA a fait de l’attaque contre l’Allemagne nazie une priorité, au détriment de la recherche de la vérité, s’alignant ainsi sur les intérêts de la Coordination de sécurité britannique (British Security Coordination, BSC), la branche new-yorkaise de MI6 et équivalent britannique de la CIA, déclare Steven Usdin, auteur de « Bureau d’espions: les connexions secrètes entre l’espionnage et le journalisme à Washington » et éditeur de BioCentury, qui couvre les questions politiques touchant au secteur des sciences de la vie à Washington.

Pour Steve Usdin, le travail de propagande antinazie de l'ONA soulève une question : les fausses informations peuvent-elles être une bonne chose ? «Il y a des moments où les gens affirment qu’il est approprié ou acceptable de faire l’impasse sur un principe éthique en raison d’une menace existentielle, mais ce n’est généralement pas le cas », explique-t-il à Religion News Service (RNS). «Dans ce cas précis, c’était vraiment le cas. Pour ma part, je l'aurais fait et j'en aurais été fier.»

Des mensonges dignes de parodies

Dans les documents rendus publics, MI6 ne parle pas seulement d'avoir une influence sur l’agence de presse. «Ils disent qu'ils exerçaient un véritable contrôle sur l'ONA», ajoute Steve Usdin. Les services secrets britanniques ont utilisé ce contrôle pour colporter des mensonges dignes du site d'informations parodiques américain, The Onion.

«La paranoïa d'Hitler a atteint le stade des hallucinations,» lisait-on dans « sib », message codé des espions britanniques. «Il a cette peur incontrôlable que sa moustache ressemble de plus en plus à celle de Staline, il la coupe donc chaque matin un peu plus court encore que d’habitude.» Aussi loin que Steve Usdin s’en souvienne, la rumeur sur la moustache n'a jamais été publiée. Mais les médias grand public ont rapporté d’autres « sibs » tout aussi étranges. Parmi eux, une histoire de l'ONA selon laquelle 200 requins australiens mangeurs d'hommes avaient été importés dans la Manche pour dissuader les marins et pilotes allemands de tenter de la traverser. «C'est le genre d'histoire qu'on invente en buvant sa pinte,» plaisante Steve Usdin. «Ils ont juste jeté beaucoup de boue, et tout ce qui est resté collé au mur, ils en étaient contents» ajoute-t-il. «Je pense qu'ils croyaient aussi que les Américains étaient particulièrement naïfs.» Le 2 novembre 1941, le New York Times publie en Une de son édition du jour un article signé par l’Agence américaine Associated Press, basé sur un rapport de l'ONA, affirmant que la marine britannique utilisait un super-explosif, 47 fois plus puissant que le TNT. «Comme si le gouvernement britannique avait pour habitude de révéler des secrets militaires à n'importe quel journaliste assez malin pour poser les bonnes questions», écrit Usdin. Un autre récit publié dans le Times rapportait que la mort d'un devin bédouin âgé de 130 ans était considérée au Moyen-Orient comme un signe de la chute imminente d'Hitler.

Au nom de la crédibilité

Fondée par Jacob Landau sous le nom de «Jewish Correspondence Bureau» (Bureau de correspondance juif) à La Haye en 1917, l'agence de presse JTA a déménagé quatre ans plus tard à New York. Quand la guerre éclate en Europe, le New York Times et d’autres abonnés estiment qu’il faut abandonner le nom de JTA, adopté en 1919, estimant qu’il était « trop 'sectaire' et impliquait un reportage biaisé. » À peine un an après la création de l'ONA en 1941, 50 hebdomadaires américains et canadiens en reprennent déjà les articles, selon JTA.

Le site web de la JTA ne donne aucune indication de collaboration avec des espions, et Steve Usdin confirme qu'il n'y a aucune preuve que ses journalistes étaient au courant de l'accord entre l'ONA et les Britanniques. MI6 a refusé de commenter, mais a renvoyé le RNS à l'histoire officielle de la période de guerre publiée par l'agence il y a quelques années.

Or, selon Usdin, l'accord était le suivant: les services de renseignements britanniques auraient accepté de financer l’ONA en échange d'accréditations de presse pour ses espions, ainsi que le droit de se servir de l’agence pour répandre de fausses informations dans la presse américaine et internationale. Outre le New York Times, le New York Herald Tribune, le San Francisco Chronicle, le Philadelphia Inquirer, le Washington Post ont notamment publié ses articles. Le fondateur d'origine autrichienne, Jacob Landau, essaya de conclure le même arrangement avec le FBI, mais son accent l'en empêcha. Dans un mémo d'avril 1942, le directeur adjoint, Percy E. Foxworth, écrit à son patron, J. Edgar Hoover, au sujet d'une réunion avec Jacob Landau où il avait suggéré que la JTA et l'ONA, avec leur réseau de 600 000 clients juifs d'Amérique du Sud et d'abonnés étrangers, pourraient assister le bureau.

«Puisque l'anglais de M. Landau était assez mauvais, et qu’il était plutôt difficile de comprendre sa proposition exacte, je lui ai demandé de préparer une note décrivant en détail ce qu'il croyait que son groupe serait en mesure de faire et une estimation des frais que cela engendrerait,» écrit Percy E. Foxworth. Dans le mémo, Jacob Laudau suggère, entre autres, que l'ONA puisse engager des non-citoyens disposant d’un large réseau d'informations. « Le fait que vous les employiez directement a des inconvénients évidents », écrit-il. Steve Usdin n'a jamais eu de preuves concluantes confirmant que J. Edgar Hoover avait refusé d'engager Jacob Landau. Mais deux ans plus tard, un mémo du FBI indique qu'ils avaient fait une enquête sur Jacob Landau, la JTA et l'ONA, motivée par le fait que ceux-ci ne s’étaient pas enregistrés comme agents étrangers. Steve Usdin note qu'à cette époque, J. Edgar Hoover s'était retourné contre les Britanniques après que la BSC commence à collaborer avec le Bureau des services stratégiques, le prédécesseur de la CIA, et s’en était pris à plusieurs agents de la BSC.

Plusieurs télégrammes secrets soviétiques mentionnent aussi l'ONA, dans l’un d’eux on semble discuter de l’octroi de lettres de créance ou d’un visa pour un journaliste de l'ONA qui travaillerait à Moscou. Un autre document révèle que les Soviétiques savaient que Jacob Landau collaborait avec une agence de renseignement.

Le retour des «fake news»

Après avoir écrit en 2005 un livre sur le cercle d'espionnage de Julius et Ethel Rosenberg, Steve Usdin se lance dans la rédaction un guide sur les sites d'espionnage à Washington. Il avait commencé à travailler sur un encadré au sujet du National Press Club quand il se rend compte que les récits d'espionnage au Club, où l'ONA avait son bureau à Washington, pouvaient remplir à eux seuls tout un volume. Son bureau était envahi de piles de dossiers obtenus via l'Acte pour la liberté d'information, mais il commence à se questionner sur le nombre de gens qui s'intéresseraient à ce livre. Il laisse cette pile de côté, jusqu’au jour où les «fake news» et autres tentatives pour influencer les élections ont commencé à dominer les débats dans tout le pays. Ses recherches connaissent alors une nouvelle vie.

Dans son livre, Steve Usdin note que la grande majorité des journalistes, pendant la guerre, ne travaillaient, ni ne collaboraient avec des agents des services de renseignement, ni ne diffusaient de fausses informations. Lorsque les critiques estiment qu'il n'aurait pas dû écrire son livre pendant l'ère Trump, il conteste. «Cela m'irrite énormément qu'un domaine d'enquête soit proscrit, parce que les gens pourraient mal l’interpréter. Ce n'est alors plus de l'histoire. Ca devient quelque chose d'autre.»

Il conseille d'aborder les informations avec humilité, en tirant les leçons du passé. Les isolationnistes pendant la Seconde Guerre mondiale se sont retrouvés du mauvais côté de l'histoire, selon Steve Usdin. Ils ont été congédiés à l'époque, parce qu’ils étaient considérés comme des alarmistes de droite accusant les renseignements britanniques d’opérer aux États-Unis et de publier de fausses nouvelles dans les journaux américains. «Il se trouve qu'ils avaient raison», conclut Steve Usdin.

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